pourquoi la trilogie avec Brendan Fraser reste un gros plaisir intact


La Momie est ce soir à 21h05 sur 6ter.

La Momie  avec Tom Cruise, ou plus récemment Uncharted avec Tom Holland, ont essayé de reprendre le flambeau du film d’aventure sans égaler la trilogie explosive et généreuse La Momie avec Brendan Fraser.

Zéro frissons, zéro excitation, zéro imagination : La Momie version Tom Cruise a été l’un des blockbusters les plus fades de ces dernières années, si ce n’est au-delà. Et ce n’est pas Tom Holland et son Uncharted trop tiède qui ira piquer la vedette à Brendan Fraser dans La Momie de Stephen Sommers, et ses deux suites Le Retour de la momie et La Momie : La tombe de l’empereur Dragon. Lors de leurs sorties, les films ont été très appréciés, et ont gagné en popularité depuis. Décomplexées, inventives, ridicules, drôles, décalées, ces superproductions occupent ainsi une place privilégiée dans le cœur de nombreux spectateurs.

Alors que le film culte La Momie avec Boris Karloff est sortie il y a 90 ans, Ecran Large revient sur la trilogie portée par Brendan Fraser pour se souvenir de ces spectacles réjouissants.

 

La Momie : photo, Brendan Fraser“Say hello to my little friend !”

 

LA MOMIE de Stephen Sommers (1999)

Difficile d’imaginer que le retour de La Momie a failli prendre une forme très différente avant d’être un film pop corn décompléxé. Universal a d’abord envisagé un film d’horreur dans la tradition de l’original des années 30, avec un budget de série B. Le célèbre Clive Barker a été embauché, avec en tête une sombre histoire contemporaine de directeur de musée dérangé qui essaie de réanimer des momies. Ce sera ensuite au tour de Joe Dante (Gremlins) d’imaginer lui aussi une version contemporaine, centrée sur une histoire d’amour, avec l’envie de caster Daniel Day-Lewis en momie. L’idée des scarabées mangeurs de chair humaine vient de ce script, qui sera rejeté par le studio car trop cher.

George A. Romero proposera lui aussi sa vision en 94, avec une héroïne et un Imhotep réanimé par accident dans une métropole américaine. Universal refuse cette version trop violente, sans parler d’un problème de contrat qui lie Romero à la MGM. Mick Garris et Wes Craven seront approchés, avant que Stephen Sommers ne contacte les producteurs James Jacks et Sean Daniel pour leur pitcher sa version, entre Indiana Jones et Jason et les argonautes. Fan du film de 1932, qui a marqué son enfance, le réalisateur leur vend du rêve et décroche un budget de 80 millions.

 

La Momie : photo, Brendan Fraser“Yippee ki-yay”

 

Universal ne regrettera pas : avec plus de 415 millions au box-office, dont 155 aux Etats-Unis, La Momie est un succès. Assez mérité tant le film reste un spectacle diablement sympathique, parfois très drôle (la première scène de Rachel Weisz dans la bibliothèque), parfois très sale (les scarabés carnivores, l’acide qui aura fait “fondre” les pauvres locaux), et souvent très ridicule. Le film de Stephen Sommers ne se prend pas au sérieux, et le fait bien.

Rick qui brandit un chat comme le Roi lion pour effrayer la Momie, Rick qui commente d’un air dubitatif un énième coup de vent qui fait frémir le feu de camp, Rick qui tire sur la Momie dès la première rencontre d’un air satisfait, Rick qui évite de peu quelques balles grâce à Evy : La Momie est un plaisir old school assumé, parfaitement illustré par le flegme de son héros interprété par un Brendan Fraser impeccable. Le réalisateur d’Un cri dans l’océan et Van Helsing exploite ses décors de déserts et vieux tombeaux avec une efficacité certaine, offrant de nombreuses scènes marquantes. Le charme de cette Momie (contrairement aux effets spéciaux) résiste sans problème aux années.

 

Photo Brendan Fraser, Rachel WeiszBrendan Fraser avec Rachel Weisz et John Hannah  

 

LE RETOUR DE LA MOMIE de Stephen Sommers (2001) 

Si le premier chapitre de la trilogie était une sorte de parfait pastiche à la dynamique entraînante, sa suite est également un sommet, mais dans un tout autre domaine. Avant de devenir un pan de cinéma prisé du grand public et ultra-calibré par l’industrie, les suites de succès ne s’articulaient pas tant selon un schéma narratif pensé comme la source d’une franchise ou d’un possible univers étendu, mais selon la logique du « bigger and louder ».

Soit, encore plus dans la tronche d’un spectateur qui n’en demandait pas forcément tant. Le Retour de la Momie, à bien des égards, balance aux toilettes l’équilibre funambule du premier volet et annihile à peu près tout ce qui faisait son charme enthousiaste. Mais en contrepartie, nous gagnons un film démesuré, profondément malade, serti d’idées tout à tour baroques, débiles, euphorisantes, ou absurdes.

 

Photo Brendan Fraser, Rachel Weisz“Mon Dieu Rachel, c’est le moment où on doit sortir nos dialogues, plus le choix”

 

On sort du film groggy après avoir enchaîné à peu près 43 résurrections/putréfactions, vu un nombre incommensurable de bébêtes numériques massacrer des combattants tout aussi numériques, rigolé du mélange de charisme brut et de ridicule inhérent à la performance d’Arnold Vosloo, tout en se demandant comment le personnage de John Hannah a bien pu survivre à sa propre adolescence.

On se sera esclaffé devant le génie précoce d’un enfant confondant manifestement le mythe du Petit Poucet et un traité d’architecture afférant à l’Egypte ancienne, face à une bonne demi-douzaines de climax (forcément, quand on a un récit avec 132 méchants trois douzillions de gentils, tout se finit en embouteillage narratif), avant de faire une syncope devant un Roi Scorpion vomitoire.

Dans ses outrances et le panache avec lequel il s’assume comme un énorme hamburger, indigeste mais généreux jusqu’à frôler l’explosion, la suite de La Momie est une source de plaisir inextinguible. Avec plus de 433 millions au box-office pour un budget d’une centaine de millions, c’est un succès. Et puis bon, c’est un peu l’acte de naissance déviant de The Rock, et ça, c’est historique.

 

Le Retour de la momie : Photo Brendan Fraser, Arnold VoslooBrendan Fraser et Arnold Vosloo

 

LA MOMIE : LA TOMBE DE L’EMPEREUR DRAGON de Rob Cohen (2008)

Après la sortie du Retour de la Momie, un constat s’imposait : l’aventure avec un grand A était toujours aussi populaire auprès du public, et l’univers de la Momie se montrait riche en aventures annexes. Preuve en est avec la trilogie du Roi Scorpion. On aurait donc pu s’attendre à ce qu’une troisième histoire de la saga principale fut mise en chantier très rapidement.

 

Il n’en a été rien puisqu’il fallu attendre quelques années pour que La Momie revienne sur les écrans, à la surprise générale d’ailleurs. L’impératif était évident : renouveler l’histoire tout en gardant les éléments qui avaient fait le succès de la saga. Si Imhotep ne pouvait décemment pas revenir pour un troisième round, sa présence dans le deuxième étant déjà discutable, décision a donc été prise d’aller en Chine (ce qui tombait bien puisqu’une partie des capitaux du budget provenait de là-bas) et de s’intéresser plus particulièrement à l’Empereur Qin Shi Huangdi (Jet Li) dans un scénario qui ressemblait pas mal aux précédents au final.

 

Photo Brendan FraserBrendan Fraser, toujours là

 

Si Brendan Fraser et John Hannah reviennent, Rachel Weisz passe la main au profit de Maria Bello. L’histoire ne met plus l’accent sur Rick O’Connell mais bel et bien sur son fils, Alex, à présent aventurier adulte comme son père. En résulte un honnête divertissement, très sympathique aux accents de série B, même s’il faut reconnaitre que le concept s’étouffe un tantinet et que la fraicheur du premier film manque cruellement. L’autre souci, c’est qu’il est sorti quasiment à la même période qu’Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal et que face à lui, personne ne faisait le poids, en dépit de la nullité de la quatrième aventure d’Indy.

À noter qu’une autre suite de La Momie était prévue, qu’elle devait se dérouler au Pérou, mais qu’il a été décidé de tout rebooter pour créer le Dark Universe. Pas sûr qu’on y ait gagné au change. Au final, La Momie 3 c’est pas fou, et le public n’a pas été franchement séduit (le film a coûté 145 millions, bien plus que les précédents, et a à peine franchi la barre des 400 millions). Mais c’est très sympa et puis, surtout, il y a des Yetis qui font du basket et ça, ça n’a pas de prix.

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